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Edito


25 novembre 2016
Posté par
Edilivre

EDITO : La littérature à la télévision

Jean Rochefort_Edilivre_2016

Lorsque vous regardez votre programme télé, vous pouvez rapidement vous rendre compte que la télévision n’est pas une terre d’accueil prolifique pour la littérature. C’est simple, rares sont les émissions littéraires pérennes dans le paysage audiovisuel français : plus d’une dizaine ont vu leur production arrêtée depuis le début des années 2000. On en compte aujourd’hui sept, réparties équitablement sur les chaines publiques et privées.

Autre problème majeur : le créneau de diffusion. Si presque un français sur deux affirme lire régulièrement (selon un sondage IPSOS couvrant l’année 2015), il est pourtant très dur de transformer le lecteur en spectateur. Ainsi, le peu d’émissions littéraires encore programmées se voient offrir des créneaux de diffusions cantonnés aux heures creuses :

L’émission « Un livre, un jour » dont la production a débutée en 1991 est ainsi diffusée à 16h05 sur France 3, « Au fil de la nuit » sur le groupe TF1 et  « Voyage au bout de la nuit » sur C8 se voient, comme leurs noms l’indiquent, programmées tard dans la nuit, à des horaires où la France est déjà plongée dans les bras de Morphée.

« La Grande Librairie » fait ainsi figure de trouble-fête, et ce pour notre plus grand plaisir : elle est la seule émission programmée à une heure de grande écoute, en prime time sur France 5 tous les jeudis soir. Elle a réunie hier soir 317 000 téléspectateurs, loin de son record d’audimat du 11 décembre 2014 (891 000 téléspectateurs), la faute certainement au débat de la primaire de droite. Présentée par François Brusnel, l’émission attire en moyenne entre 400 000 et 500 000 téléspectateurs, un score tout à fait honorable qui devrait servir d’exemple aux diffuseurs : une émission bien produite, un plateau de qualité et des invités souvent prestigieux ont permis de fidéliser le téléspectateur à une culture si souvent boudée par nos médias.

Seulement, force est de constater qu’une émission de divertissement sera toujours plus vendeuse qu’une émission culturelle. « Le Cercle » présenté par Frédéric Beigbeder par exemple a vu à maintes reprises l’arrêt de l’émission prononcé, et ce malgré le côté « bankable » que peut engendrer son présentateur.

Pire encore, C8 réussit l’exploit de ternir l’image de la littérature en proposant un contenu volontairement provocateur dans « Voyage au bout de la nuit », le créneau de diffusion tardif offrant une certaine liberté,. L’émission donne ainsi la fâcheuse impression de servir simplement d’images d’appui pour que le grand manitou de la chaîne puisse se servir du même contenu le lendemain et rire à n’en plus finir avec ses « chéris ». Pour une émission dite culturelle, on a vu mieux : on est ici très proche de la vulgarisation littéraire.

A l’inverse, Jean Rochefort nous délivre le parfait exemple d’une vulgarisation intelligente avec l’émission « Les Boloss des Belles Lettres » sur France 5 : un court format où l’acteur nous expose avec un langage parodique résolument « jeune » des classiques des belles-lettres. L’émission a rencontré un réel succès sur internet et a pu permettre de faire découvrir des pontes de la littérature à un public que l’on aurait pu penser réfractaire à toute émission culturelle.

Et si internet n’était finalement la solution ? Plateforme ouverte, elle permet de proposer un contenu diversifié et d’offrir à chacun ce qu’il est en droit d’attendre, le tout à la demande. Dans notre maison nous l’avons bien compris : le monde est définitivement à l’ère du numérique et si les médias traditionnels font face à une pression constante d’audimat, internet offre un lieu créatif et propice à de nouveaux essais qui saura ravir ses spectateurs, et c’est tant mieux !