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Rencontre avec...
Bernard Domeyne

Interviewé le 01-07-2010

Ouvrages concernés :
Edilivre : M. Bernard Domeyne, vous publiez un roman historique, « Sobheya, princesse de Cordoue ». Avant de parler de votre livre, pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre parcours ?
Je suis né il y a cinquante et un ans dans le Vaucluse, à l’Isle sur la Sorgue. Je suis Lyonnais d’adoption… Je suis diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence et docteur en histoire (Université Paul Valéry – Montpellier III). Je suis marié et père de deux enfants.
Edilivre : Vous avez écrit plusieurs romans policiers (la série des Addamah et Manset chez Edilivre) ; vous vous tournez à présent vers l’histoire, pourquoi ?
Il y a longtemps que je cherchais une idée de roman historique. Je souhaitais toucher un public adulte avec un récit inspiré de personnages réels, sur une période méconnue de l'histoire de l’admirable civilisation musulmane, cette civilisation étant à elle seule une « terra incognita », à la fois proche et lointaine...

Je me suis alors intéressé au Xe siècle arabo-andalou et aux trois califats d’Abd al-Rahman III, al-Hakam II et Hichâm II. Ils constituent une période charnière ; une de ces périodes où tout peut basculer dans un sens ou dans l’autre : et dans cette période, il y a plusieurs femmes intéressantes : Zahra, la favorite pour laquelle un calife construit le palais de Médina al-Zahra (patrimoine mondial de l’humanité), et donc Sobheya, la seconde épouse d’al-Hakam II.
Edilivre : Comment en êtes vous venu à vous intéresser à cette période de l’histoire en particulier, peu connue du grand public ?
Je cherchais un destin de femme en terre d’islam. Il y en a beaucoup : les plus connues, la Kaïna, reine berbère des Aurès, qui résista longtemps aux conquérants arabes, puis fut vaincue et tuée en 702 ; Roxelane, la favorite du sultan turc Soliman le Magnifique au XVIe siècle ; et bien sûr, au XVe siècle, Isabel de Solis, jeune chrétienne enlevée par les Maures, devenue Zoraya, princesse de Grenade, dans l’Alhambra où se consument les derniers feux d’al-Andalus… Mais il y en a d’autres : les deux reines du Yémen, Asma’ et sa belle-fille Arwa, qui ont régné au XIe siècle ; la fatimide Sitt al-Mulk en Égypte au XIe siècle et Shajarat al-Durr également en Égypte au XIIIe siècle ; la sultane Redhiya à Delhi au XIIIe siècle ; et tant d’autres… Dont Sobheya de Cordoue, précisément.
Edilivre : Pouvez-vous présenter votre livre en quelques mots pour nos lecteurs ? Et aussi la princesse Sobheya, personnage central de l'histoire ?
Le récit commence en l’an 956 après Jésus Christ. Au Pays Basque, la jeune Aurore se fait enlever lors d’une razzia par les Sarrasins d’Espagne (on disait alors d’al-Andalus). Vendue comme esclave, elle est bientôt emmenée vers la belle et riche cité de Cordoue, capitale du califat omeyyade. Là, elle intègre le harem du vieux calife Abd al-Rahman III, palais aux allures de paradis mais aussi théâtre d’une guerre feutrée entre clans rivaux. Abd al-Rahman la destine au prince héritier al-Hakam. A vingt-et-un ans, Aurore la Basque se convertit à l’islam, épouse al-Hakam et devient la princesse Sobheya. Pour son malheur, elle va rencontrer un aventurier sans scrupule, le futur al-Mansûr…
Edilivre : Vous dites que c’est une époque charnière ; pourquoi ?
Entre 929, date à laquelle Abd al-Rahman III s'attribue le titre de calife et 976, date de la mort d’al-Hakam II son fils, l’Espagne musulmane est à son apogée : c’est un Etat puissant, l’un des plus peuplés d'Occident ; c’est un pays tolérant : l’installation des juifs en Espagne (les futurs Sépharades) date de cette époque… C’est un centre intellectuel incomparable, avec la grande bibliothèque de Cordoue aux 300.000 volumes… A partir de 976, tout se gâte : c’est la guerre avec les royaumes chrétiens, les autodafés de livres, la persécution des juifs et des chrétiens ; presque toutes les églises mozarabes sont détruites par al-Mansûr … Et en moins de cinquante ans, le califat disparaît, c’est l’anarchie des royaumes de taïfas, puis la conquête des Almoravides et des Almohades.
Edilivre : Le message de Sobheya est cependant un message d’espoir…
Oui ; je crois profondément que, même battus et humiliés, les artisans de paix finissent toujours par avoir raison sur les guerriers.
Edilivre : Etes-vous vous-même amateur de romans historiques ?
Bien entendu : je suis un passionné d’histoire, avec une prédilection pour les périodes où le destin bascule.
Edilivre : Quelles ont été vos dernières lectures ?
Je suis amateur de romans policiers ; j’ai lu dernièrement Robert Crais (L.A. requiem, Indigo Blues, Mortelle Protection etc.) et Minette Walters (Lumière noire, Un serpent dans l'ombre, Intime pulsion…), deux auteurs dont j’apprécie à la fois le style et les intrigues. En histoire, j’ai relu récemment Les Mémoires de Cléopâtre, de Margaret George, un modèle en matière de roman historique.
Edilivre : Avez-vous d’autres projets littéraires dans les tiroirs ?
Un second roman historique, Zaïda, les vents d’Espagne et d’Afrique, est en cours de publication chez Edilivre. Un troisième est en cours d’écriture.

Plusieurs autres manuscrits sont à l’étude, notamment un retour au policier pour la suite des enquêtes lyonnaises de Addamah et Manset, mes personnages fétiches…
Ce qui me manque, c'est le temps nécessaire pour prendre la plume !


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