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« 2009 Janvier Février Mars

Les dernières interviews
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Rencontre avec...
Jean-Yves Gontard

Interviewé le 24-02-2010

Ouvrages concernés :
Edilivre : Vous venez de publier « Requiem pour la fille d’un corbeau » aux éditions EDILIVRE dans la collection Coup de Cœur. Avant de parler de votre ouvrage, nous aimerions en savoir un peu plus sur vous. Pouvez-vous vous présenter ?
Eh bien le mieux pour résumer serait de dire que je suis atteint de curiosité intellectuelle maladive ! Sur tous les sujets : société, philosophie, politique, science et technique… Je papillonne un peu d’un sujet à l’autre. Selon mes coup de cœur j’ai des périodes de passion pour un sujet, puis pour un autre, mais j’en reviens toujours à mes préoccupations préférées qui sont la biologie et les crises de société.
La création me poursuit, que ce soit au travers de la photo lorsque j’étais adolescent, de l’architecture et du dessin durant mes études et ensuite, l’écriture évidemment : poésie, nouvelles et romans.
L’écriture… la lecture…
J’aime tous les genres, pour moi il n’y a pas de « petite » ou de « grande » littérature. Un livre me plait ou ne me plait pas et le fait qu’il reçoivent des critiques élogieuses ou déplorables ne changera rien à ma façon de voir, je ne suis pas diplomate et je fais peu de concessions.
Edilivre : « Requiem pour la fille d’un corbeau » est votre deuxième ouvrage paru chez Edilivre. Vous êtes aussi l’auteur de « Mégalo’Champ » un roman de science fiction. Comment l’envie d’écrire est née chez vous ? Que représentent ces romans pour vous ?
Je suppose que l’écriture est avant tout pour moi une « mauvaise habitude » !
J’ai très jeune développé une addiction boulimique à la lecture qui outre le fait qu’elle a encombré mes étagères, a naturellement débouché sur l’envie d’écrire.
Il y a tellement d’auteurs qui m’empêchent de dormir en m’emmenant au bout de la nuit en navigant sur leurs pages que j’ai eu envie de me venger !
Et puis je suis un incorrigible bavard, j’aime tellement raconter des histoires !
L’écriture est une évasion et une aventure, on y accompagne des personnages qui finissent par vous échapper et vivre de leur vie propre.
Mes études m’ont mené de la science à la création et au travers de mes romans d’anticipation je concilie ces deux pôles d’intérêt.
Le roman policier est de la détente pure et de la gymnastique intellectuelle pour arriver à piéger le lecteur jusqu’au dénouement de l’intrigue.
Edilivre : Avec cet ouvrage, vous passez de la science-fiction au roman policier, qu’est-ce qui vous a inspiré l’écriture de ce roman ? Est-ce la lecture d’un livre ? Un fait marquant de votre vie ?
Comme il s’agit d’un genre que j’apprécie, j’avais depuis longtemps l’envie d’écrire un roman policier.
Au début de mon arrivée dans le midi et de ma paraplégie, j’avais pris l’habitude de passer un long moment au bord de mer sous les remparts d’Antibes, tous les midis, en attendant de reprendre le chemin du bureau d’étude où je travaillais alors. Là je laissais mon esprit vagabonder en regardant la mer et j’ai a un moment ressenti une nostalgie de mes errances dans Paris à l’époque où j’y habitais, peut-être à cause de la solitude que je ressentais alors.
L’envie d’écrire me tenaillait et ce cadre parisien s’imposa à moi. Certains de mes souvenirs de lieux, des réflexions que je m’étais faites sur le système de guidage vocal pour aveugles des feux rouges parisiens, une actualité télévisuelle centrée sur des lettres anonymes et mon envie de ne pas me prendre au sérieux dans ce livre ont scellé le sort de mon personnage principal (le pauvre)
La descriptions de Paris et de Saint-Malo et de ses environs proviennent directement de mes propres souvenirs.
Edilivre : Le héros de votre ouvrage s’appelle Thibaud Martin. Il est jeune pigiste dans un quotidien régional et reçoit depuis quelque temps des lettres de menace. Parlez-nous de lui et de sa naissance dans votre esprit.
Thibaud Martin est quelqu’un qui est resté un peu gamin dans sa tête et se promène dans la vie sans trop se prendre au sérieux en repoussant les obstacles à coup d’humour parfois potache, c’est un grand sentimental.
S’il fonce dans son boulot, il reste très timide dans sa vie privée et en parle le moins possible. L’humour et un flot de paroles placés au bon moment lui permettent de botter en touche ! (Tiens c’est bizarre : il me rappelle quelqu’un !)
En fait Thibaud Martin partage beaucoup de mes passions.
Je ne tenais pas à faire un roman policier noir et sérieux, tout en ne tombant pas dans la parodie. Je ne connaissais pas suffisamment le milieu policier et judiciaire pour animer un personnage principal policier. L’idée du journaliste m’est venue naturellement pour la part d’investigation et j’en ai fait un pigiste pour qu’il soit peut-être un peu plus libre.
Edilivre : Quelle étape dans l’écriture de ce roman a été la plus difficile pour vous ?
Arriver à brouiller les pistes pour que le lecteur ne découvre pas trop tôt le meurtrier.
Ce ressort du roman policier qui nécessite des rebondissements pour tenir en haleine et induire en erreur.
Pour être franc je ne suis pas certain d’avoir réussi : j’ai toujours connu le dénouement (heureusement !) il m’étais parfois difficile de savoir si je réagissais uniquement avec ma connaissance d’auteur ou si ce que j’écrivais était trop transparent.
Edilivre : Au-delà de l’écriture qu’est-ce qui vous passionne le plus dans la vie ?
Ma famille, la musique, le sport, la montagne et la mer…
Tant de chose… trop de choses !
Une passion après l’autre, l’envie d’essayer, de comprendre les gens et les choses.
Excusez-moi de ne pas m’étaler : je vais manquer de temps pour tout faire !!!
Edilivre : Avez-vous des projets littéraires en cours ? (Prochaine publication, séances de dédicaces, etc.)
Je suis en pleine écriture d’un nouveau roman d’anticipation sur les thèmes qui me sont chers : biologie et éthique, politique, critique de société.
Par ailleurs je travaille sur le synopsis d’un deuxième roman policier : la suite des aventures de Thibaud Martin, ce personnage m’amuse et j’ai envie de le remettre en scène.
Je consacre aussi du temps à l’entretien de mon site Internet dédié à mes écrits ainsi qu’à leur promotion sur les réseaux sociaux, les rencontres qu’on y fait sont souvent enrichissantes.
Edilivre : A vous le mot de la fin…
Un grand remerciement à ceux qui m’ont poussé à écrire et qui ont subit la lecture de mes premiers jets !!! Ma famille et mes amis en fait.
Un grand remerciement également à Edilivre qui m’a offert l’opportunité d’une publication de qualité.
Et bien sûr une mention spéciale en guise de clin d’œil à mes « courageux » lecteurs passés, présents et à venir dont j’attend avec impatience les critiques.
C’est ce qui me motive et me fait avancer : écrire est une belle aventure mais on ne le fait pas que pour soi-même, il faut un jour se confronter aux lecteurs.
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Rencontre avec...
Jean Dif

Interviewé le 24-02-2010

Ouvrages concernés :
Edilivre : Vous venez de publier votre nouvel ouvrage « Le journal d’un soldat du 71ème de 1806 à 1815 » aux éditions Edilivre. Avant de parler de votre livre, pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre parcours ?
Mon parcours est assez compliqué et serait long à décrire dans le détail. J’ai en effet commencé ma vie professionnelle comme ouvrier d’usine pour la terminer comme professeur à l’université après avoir été maître de conférences à l’ENA. Ingénieur informatique, je suis aussi titulaire d’une maîtrise en finance obtenue en Amérique du nord et d’un doctorat d’économie en France. J’ai consacré une partie importante de mon temps au conseil et à la formation.
Edilivre : Votre parcours professionnel a-t-il eu un lien avec l’écriture de ce livre ? S’en est-il inspiré ?
Mon parcours professionnel n’a rien à voir avec l’écriture de ce livre. En fait, à côté de mes activités alimentaires, j’ai toujours consacré une partie de mon temps à l’écriture, notamment à la poésie, depuis mon adolescence. Je me suis toujours aussi intéressé à l’histoire, surtout celle de la Révolution et du Premier empire et je suis un collectionneur de mémoires connu des libraires spécialisés, au moins ceux de Paris. Je possède plus d’un millier de titres. L’arrivée à l’âge de la retraite m’a laissé le loisir de pouvoir consacrer enfin mon temps à ce que je rêvais de réaliser depuis longtemps : écrire et publier ma poésie et des ouvrages d’histoire.
Edilivre : Pourquoi avoir choisi les éditions Edilivre pour la publication de ce « Journal d’un soldat du 71ème de 1806 à 1815 » ?
J’ai connu les éditions Edilivre par hasard ayant préfacé le recueil d’un poète de cette maison d’éditions à sa demande. J’avais soumis mon livre à plusieurs éditeurs qui l’ont accepté. J’ai accordé ma préférence à Edilivre en raison des conditions de cet éditeur qui m’apparaissaient être les plus favorables.
Edilivre : Pourquoi avoir choisi de traduire en français ces mémoires ? Est-ce l’idée de donner à voir un autre regard sur les campagnes napoléoniennes ?
C’est tout à fait exact. J’ai lu plus d’un millier de mémoires sur les campagnes de la Révolution et du Premier empire. La plupart de ces mémoires ont été rédigés par des officiers et des soldats français. C’est pourquoi il m’apparaît intéressant de mieux connaître les témoignages des acteurs étrangers de cette période si fertile en événements de notre histoire nationale. C’est déjà dans cet esprit que j’ai publié en 2004 « Les mémoires de Jakob Walter », un soldat wurtembergeois qui combattit dans les rangs de la Grande Armée pendant la campagne de Russie en 1812. Je voulais maintenant mettre en scène les combattants britanniques car le conflit entre la France et l’Angleterre explique en grande partie toutes les guerres du Premier empire. J’avais prévu de brosser, comme toile de fond aux mémoires que je comptais publier, un historique de ce conflit. Mais je me suis rapidement aperçu que l’ouvrage projeté serait monumental. J’ai donc décidé de commencer par « Le journal d’un soldat du 71ème » quitte à publier plus tard les autres mémoires qui sont déjà traduits. J’ai conçu cet ouvrage dans le même esprit que le Walter, c’est-à-dire en l’accompagnant d’analyses d’autres mémoires et d’un important appareil critique puisé dans les ouvrages de ma bibliothèque.
Edilivre : Êtes-vous vous-même amateur de romans historiques ? Je pense par exemple à Patrick Rambaud et à sa « Bataille » d’Essling, à Jean Pierre Kauffman et la « chambre noire de Longwood »…
Quel regard portez-vous sur ces romanciers ?
Je suis évidemment amateur de romans historiques. C’est d’ailleurs en lisant des romans historiques, notamment ceux d’Erckmann-Chatrian, que je me suis intéressé à l’histoire. Cependant, je préfère de loin les témoignages rédigés par les acteurs des événements eux-mêmes, surtout ceux des simples soldats qui sont d’autant plus sincères qu’ils n’ont pas une réputation à défendre, comme c’est souvent le cas des officiers. Patrick Rambaud est un écrivain talentueux et j’apprécie la qualité de sa littérature. Mais, pour ce qui me concerne, je préfère l’approche plus directe de ceux qui ont vécu ce qu’ils racontent. Le cas de Jean Pierre Kauffman est différent. En effet, son ouvrage sur Sainte-Hélène est d’autant plus émouvant, qu’à travers la captivité de l’Empereur, on sent bien que c’est en fait sa propre expérience qu’il décrit. Dans ces conditions, le livre de Kauffmann, que j’ai lu il y a maintenant assez longtemps, m’a parfaitement satisfait et j’en garde un très bon souvenir.
Edilivre : L’évocation de la bataille de Waterloo, du regard évidemment subjectif du soldat extenué qui déclare : « cependant, je dois avouer que je regardais tout cela d’un œil indifférent » (p 230), se trouve à mille lieues de celle du jeune Fabrice Del Dongo de Stendhal qui voit l’épopée napoléonienne comme un mythe romantique et la célébration de l’amitié virile…

La vision de ce soldat est-elle fidèle à celle de l’armée anglaise lors de Waterloo ou est-ce un regard fatigué, presque cynique, propre à un vieux soldat ?
Ce regard est celui de tous les soldats qui se battaient depuis de nombreuses années et pour qui la mort était devenue une habitude. On le retrouve dans presque tous les mémoires. L’indifférence était une condition de survie pour des gens qui connurent les effroyables conditions non seulement des combats, mais aussi et surtout des retraites, retraite de la Corogne pour Thomas, retraite de Russie pour Jakob Walter. Ceux qui n’ont pas cédé à cette indifférence ont laissé leurs os dans les neiges. La vision romantique de la guerre et de l’amitié virile est avant tout littéraire, même si certains soldats ont pu la partager au moins par moments. C’est un bon exemple des raisons pour lesquelles je préfère les témoignages aux fictions. Ces dernières peuvent exercer des séductions par les grâces de leur écriture mais la vérité possède aussi ses charmes. Beaucoup de mémoires se lisent avec autant de plaisir que des romans. C’est ce qu’on m’a dit de mon Walter et j’espère que ce sera aussi vrai pour Thomas du 71ème.
Edilivre : Peut-être avez-vous vu le « Napoléon » d’Abel Gance. Quel regard portez-vous sur les adaptations cinématographiques du mythe de Napoléon ?
Bien sûr j’ai vu le Napoléon d’Abel Gance qui est un chef d’œuvre, même si cette fresque romantique s’écarte quelque peu de la réalité historique. Il y passe un souffle qui est de la nature du génie. J’ai vu aussi son film sur Austerlitz qui, si ma mémoire est bonne, respecte mieux la vérité historique. Pour ce qui est des autres adaptations cinématographiques du mythe de Napoléon, celle de Sacha Guitry par exemple, ou la dernière réalisée pour la télévision, ce ne sont que des divertissements dont la valeur historique est secondaire. On n’enseigne pas l’histoire du siècle de Louis XIV à partir des Trois mousquetaires, de Vingt ans après ou du Vicomte de Bragelonne, ce qui n’enlève rien à l’immense talent d’Alexandre Dumas.
Edilivre : Êtes-vous allé au cinéma dernièrement ? Quel film vous a-t-il marqué ?
Je ne vais plus que très rarement au cinéma alors que j’y allais plusieurs fois par semaine lorsque j’étais plus jeune. Mais je continue à regarder des films chez moi, notamment le cinéma de minuit et aussi ceux de ma collection de DVD. Mes cinéastes préférés restent les classiques : Chaplin, Eisenstein, Kazan... et, plus près de nous, Spielberg même si je trouve que certains de ses films frisent parfois le grand guignol (Jurassic Park). Le dernier film qui m’a le plus marqué est Shoah de Lanzmann.
Edilivre : Suivez-vous l’actualité littéraire ?
Non, je ne suis pas vraiment l’actualité littéraire. Je m’intéresse surtout à la poésie et on n’en parle presque jamais dans les médias. J’ai traduit des textes d’une bonne centaine de poètes espagnols et latino-américains d’aujourd’hui. Tout cela grâce à internet qui est devenu mon principal média.
Edilivre : Quels sont les écrivains que vous appréciez ?
Évidemment les poètes, surtout les surréalistes (André Breton et Eluard, par exemple) puis les poètes de l’Ecole de Rochefort (Cadou, Béalu, Rousselot, Becker) ainsi que Guillevic, Michaux et Ponge. En matière d’histoire, je ne peux évidemment pas passer Tulard sous silence.
Edilivre : Ceux que vous ne pouvez supporter ?
Les nouveaux philosophes, gloires médiatiques gonflées comme des baudruches, qui n’ont rien apporté à la pensée française. Hélas, Sartre et Camus ne sont plus !
Edilivre : Fréquentez-vous des blogs littéraires ? Si oui, lesquels ?
Je me promène assez souvent au hasard des sites littéraires. Je possède d’ailleurs mon propre site qui a reçu quelques 1,2 millions de visites depuis son ouverture. Mais je serais bien en peine de citer un site particulier car je n’ai pas de préférence bien arrêtée sauf pour ceux de mes amis notamment celui de Francesca Yvonne Caroutch, le beau site espagnol Portal de Poesia, ainsi que les revues dans lesquelles j’ai eu l’honneur de figurer : Arquitrave (Colombie), Contrabras (Hollande), Transfinito et Domist (Italie) entre autres.
Edilivre : JD Salinger, le grand écrivain américain qui vivait reclus depuis quarante ans, vient de mourir. Que pensez-vous de sa décision brutale d’arrêter toute mondanité littéraire ?
Je comprends très bien cette attitude surtout lorsque l’on atteint le niveau de notoriété de Salinger. Les mondanités ne peuvent paraître légères qu’aux esprits légers. Je ne nomme personne, ceux à qui je pense se reconnaîtront.
Edilivre : « L’écrivain doit mettre sa peau sur la table » disait L.F Céline. Quelle est votre notion d’engagement dans l’écriture ?
Je partage tout à fait cette opinion de Céline. C’est même probablement la seule que je pourrais partager avec lui. Le problème, c’est que pour déposer sa peau sur la table, il faut d’abord être capable de s’écorcher et cela n’est pas donné à tout le monde. En tous cas, c’est une formule de poète. Je pense que Michaux aurait pu la prononcer aussi.
Edilivre : Diriez-vous de votre écriture qu’il s’agit d’une écriture politisée, avec tous les écueils que peut contenir cette notion ?
Mon écriture n’est pas politisée, au sens d’engagée, qu’il s’agisse de l’histoire ou de la poésie. Cela ne veut pas dire que la politique en est totalement absente. On ne peut pas aborder les sujets historiques en faisant abstraction de la politique. Mais je m’efforce toujours de prendre le plus de distance possible avec la propagande, qui tue l’art et la littérature aussi bien que l’histoire. C’est aussi peut-être pour cette raison que j’ai traduit des témoignages de soldats étrangers et même maintenant d’adversaires de la France. On verra d’ailleurs que leur jugement sur Napoléon est plus nuancé que certains pourraient le supposer.
Edilivre : Comment se présente la suite ? Avez-vous d’autres projets littéraires ?
J’ai évidemment beaucoup d’autres projets en tête. D’abord publier les autres mémoires de militaires britanniques que j’ai déjà traduits et qui constitueront un complément à ce premier volume. Publier d’autres recueils de poèmes et aussi un recueil d’aphorismes dont certains ont déjà été édités en espagnol dans un ouvrage consacré aux auteurs d’aphorismes européens ; j’y suis en excellente compagnie. Et, enfin, tant que je le pourrai continuer à écrire et à voyager, les voyages étant pour moi une source d’inspiration, comme on peut le vérifier en consultant mon site.
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Rencontre avec...
Marcel DUMAS

Interviewé le 24-02-2010

Ouvrages concernés :
Edilivre : Marcel Dumas vous venez de publier « L’homme qui pouvait arrêter le temps » aux éditions EDILIVRE dans la collection Coup de Cœur. Avant de parler de votre ouvrage, nous aimerions en savoir un peu plus sur vous. Pouvez-vous vous présenter ?
Mais avec plaisir ! Eh bien, comme mon accent vous le laisse deviner, je suis originaire du midi. Précisément, je suis né à Cagnes-sur-Mer en 1947 (l’année des calamités !) par un beau matin de novembre, « entre le chant du coq et le passage du Mistral », train mythique de ma jeunesse. J’ai grandi entre ciel, terre et mer, dans une nature encore intacte et accueillante, avant que la Côte d’Azur ne soit intégralement bétonnée, de Menton à Fréjus. A ce sujet, j’ai regretté souvent de ne pas être en Corse, vous pouvez me croire, car j’aurais certainement su comment protéger « mon littoral » !! J’ai, plus tard, pu pallier mes « frustrations de nature » en m’installant en Lorraine et je vais vous dire par quel cheminement : tout simplement après avoir épousé une vosgienne native d’Epinal qui effectuait la saison d’été en tant que coiffeuse-esthéticienne à Cagnes-sur-Mer, en 1969 (année érotique, d’après Gainsbourg, marquée par les premiers pas de l’homme sur la lune… que demander de plus ?). Une grève d’EDF nous a réunis sur la plage, puis le coup de foudre (merci EDF !) et 6 jours après, nous étions mariés. Cela fait 40 ans que ça dure et nous sommes repartis, si la santé nous le permet, pour quelques décennies de plus.
Sa famille résidait à Viocourt, charmant village vosgien dont j’ai particulièrement apprécié l’environnement et où, sans hésitation, nous nous sommes établis dès la retraite, fin 2007, au sein d’une nature autre que celle de ma jeunesse mais qui a fini par me conquérir et faire de moi un inconditionnel des Vosges. Préalablement, nous avons vécu 35 ans en région parisienne où j’ai consacré l’essentiel de ma carrière à l’aéronautique en tant que pilote professionnel avion/instructeur et concepteur d’aéroports. Ingénieur-urbaniste, j’ai eu la chance de faire ma carrière dans une société spécialisée en aménagements et équipements aéroportuaires. J’ai principalement travaillé à l’exportation et c’est au cours de mes nombreux voyages professionnels que je me suis lancé dans l’écriture. Je ne vous cache pas que j’avais, depuis longtemps, les « fourmis » dans les doigts, mais encore fallait-il leur laisser faire leurs premiers pas, et c’est ce que j’ai fait ! Débordant d’imagination, j’ai pu, plume à la main, meubler les longs vols internationaux, lesquels me parurent, in fine, de plus en plus court. C’est ainsi que j’ai pu mettre en exergue et de front, les trois histoires qui me trottaient dans la tête, pratique idéale pour lutter contre « la page blanche ». Comme pour tout écrivain, l’imagination joue parfois de mauvais tours en boudant les mots et rien n’est plus frustrant qu’une feuille immaculée à l’issue d’un « tord méninges » de plusieurs heures. Sauter d’un roman à l’autre a été pour moi salvateur, mais attention à ne pas perdre le fil !
Edilivre : « L’homme qui pouvait arrêter le temps » est-il votre premier ouvrage ? Que représente t–il pour vous ? Pourquoi avoir choisi Edilivre ?
A vrai dire, « L’homme qui pouvait arrêter le temps » est mon premier roman chez Edilivre. J’en avais déjà commencé deux autres auparavant publiés par un autre éditeur, alors que je ne vous connaissais pas. De plus, « L’homme qui pouvait arrêter le temps » ne correspondait pas à leur « ligne éditoriale ». J’avais soumis le manuscrit à des amis écrivains qui unanimement en avaient fait l’éloge et m’avaient affirmé que mon ouvrage était digne de publication. Il est toujours bon d’avoir l’avis de ses pairs. En désespoir de cause, je me suis donc mis en quête d’un éditeur et je suis tombé sur Edilivre en surfant sur internet. Je me suis vite rendu compte de la qualité et de l’ampleur de vos publications et je vous ai transmis le manuscrit. Vous connaissez la suite. Sur un plan professionnel, je n’ai pas tardé à me rendre compte que j’avais à faire à des gens passionnés par leur métier et j’ai eu raison de vous faire confiance. De plus, mon « coup de cœur » pour votre maison d’édition s’est également avéré être le vôtre. Alors, comment ne pas être heureux ? Ce roman où se mêle le comique, le fantastique, l’érotique et le policier est pour moi l’aboutissement de quelques années d’écriture et de plaisir où j’ai mis toute ma fougue à raconter une histoire originale passionnante d’un bout à l’autre et surtout sans vulgarité, aucune. Chers lecteurs, à vous de juger !
Edilivre : Dans ce roman la vie de Baptise Rouquette bascule tout à coup quand un vieil homme lui offre la possibilité de suspendre le temps. On tombe alors dans une atmosphère magique et fantastique. Comment l’envie d’écrire ce roman est-elle née chez vous ?
Vous savez, l’envie d’écrire chez un écrivain est omniprésente. Il se lève et se couche bien souvent l’esprit en ébullition et « les fourmis » dans les doigts. Il suffit parfois d’un rien pour que toute une histoire surgisse de son imaginaire. Lorsque je suis arrivé en région parisienne, je passais tous les matins par la gare Saint-Lazare pour me rendre à mon travail. A la descente du train, je voyais les gens courir dans tous les sens, un peu comme dans un film en accéléré. Emporté malgré moi par cette marée humaine, je finissais toujours par avoir le « tournis ». Je me demandais alors pourquoi tant se presser : les gens étaient-ils à la « bourre » tous les matins ou bien aimaient-ils autant leur boulot pour courir de la sorte ? En fait, c’est en discutant avec mes voisins qui eux aussi prenaient le train que j’ai fini par comprendre qu’il ne s’agissait que d’une bien mauvaise habitude que celle de toujours cavaler ainsi. Allez chercher à comprendre !! Eh bien, me dis-je, si seulement je pouvais suspendre le temps, tout ce bouillonnement et ce brouhaha disparaîtraient, au grand plaisir de mes méninges et tympans. Magie de l’imaginaire, l’histoire se mit peu à peu en place dans mon esprit pour prendre forme, les personnages m’apparaissant au fil de mes pensées et bientôt, le « scénario » du livre me parut suffisamment avancé pour passer à l’écriture. Bien entendu, je nageais alors dans le magique et le fantastique, mais comment pouvait-il en être autrement ? Suspendre le temps n’est pas courant !
Edilivre : Le héros de votre ouvrage Baptiste Rouquette possède un pouvoir que l’on rêve tous de détenir au moins une fois dans sa vie. Dans une société où « le temps c’est de l’argent », chacun d’entre nous saurait trouver une bonne raison d’utiliser cette montre magique. Qu’est- ce qui vous a inspiré ce thème immortel?
Tout à fait l’inverse et probablement l’envie de vivre à mon rythme, sans artifice, dans une vie faite de davantage de calme, de quiétude et d’amour. Croyez-vous vraiment que ce rêve de pouvoir magique soit partagé par le plus grand nombre ? Le « time is money » n’est qu’un concept de notre société « d’argent roi » où pour certains, en avoir toujours plus semble être prédominant à leur bonheur. Il n‘est heureusement pas partagé par tous mais est-ce vraiment l’avis de ceux qui ne peuvent prétendre seulement y songer, surtout lorsqu’il s’agit de leur propre survie ? Certainement aimeraient-ils suspendre le temps pour changer leur sort… Gagner sa vie est certes honorable mais lutter pour ne pas la perdre est dramatique, non ? Simplement manger et ne pas avoir froid est devenu le quotidien de beaucoup (merci Coluche pour tout ce que tu as fait pour les plus démunis) et ce concept du « temps = argent » ne concerne que ceux qui ont la possibilité et la velléité d’en user. Personnellement, même s’il faut de l’argent pour vivre (bien), il ne fait pas partie de mes finalités. J’ai pourtant longtemps vécu dans le monde des affaires et j’ai trop souvent vu certains s’authentifier dans « le cul, le fric et le pouvoir ». Grand bien leur fasse si tel est leur but, mais je me suis toujours demandé s’ils ne passaient pas à côté de valeurs essentielles, emportés par leur élan ? C’est pour ces raisons et sur ce thème que j’ai pu aborder le sujet et bâtir mon roman, volontairement comique pour adoucir son côté « dérision » et j’ai voulu y associer un personnage plutôt banal, dadais, niais et puceau de surcroît, lequel parviendra à ses fins par le biais de pouvoirs magiques. Posez-vous la question : si vous possédiez réellement le pouvoir de suspendre le temps, qu’en feriez-vous vraiment ? Je suis certain que chacun de nous a sa propre réponse…
Edilivre : Quelle étape dans l’écriture de ce roman a été la plus difficile pour vous ?
Certainement de ne pas raconter une histoire trop sérieuse et trop ennuyeuse pour le lecteur, malgré son côté fantastique. Le plus difficile a été de la rendre comique, par le biais de situations cocasses et surprenantes. Et rendre « caricatural » les défauts et les passions de mes contemporains a été également un exercice permanent de chaque ligne, de chaque paragraphe, de chaque chapitre.
Edilivre : Au-delà de l’écriture qu’est-ce qui vous passionne le plus dans la vie ? Avez- vous des projets personnels que vous souhaiteriez confier à vos lecteurs ?
Vous savez, j’ai vécu une vie professionnelle trépidante dédiée à l’aéronautique et je me suis passionné pour les deux métiers dont je vous ai parlé, lesquels m’ont apporté de nombreuses satisfactions, notamment la découverte de la planète « vue d’en haut » et la connaissance de nombreux pays à travers le monde. Cela ne s’est pas fait sans quelques sacrifices, vous devez bien vous en douter. Aujourd’hui, enfin en retraite (façon de parler !), j’espère avant tout conserver ce qui me parait être le plus important, la santé, pour profiter de ma belle région d’adoption, la Lorraine, et continuer à prendre du plaisir en famille, que j’ai trop négligée durant mes années actives, et dans l’écriture, ainsi que dans les joies qu’offre la nature comme le jardinage, la pêche et la cueillette des champignons. Des trucs simples quoi, mais ô combien vivifiants !
Edilivre : Avez-vous des projets littéraires en cours ? (Prochaine publication, séances de dédicaces, etc.)
Bien entendu ! Comme je vous l’ai laissé entendre, lorsque l’écriture vous tient, elle ne vous lâche plus, au même titre qu’une passion. Au fil du temps, plusieurs autres histoires ont pris tournure dans mon esprit et je suis en train de les concrétiser sur le papier, de front, comme les précédentes, toujours pour lutter contre « la page blanche ». Il y en a quatre en tout.
Deux d’entre-elles sont la suite d’un premier roman d’aventure et font partie d’une trilogie. Les deux autres sont consacrées à la terrifiante actualité qu’est la pédophilie (roman policier) et à une étude plutôt comique des comportements humains sous forme de nouvelles, sans toutefois perdre le lecteur dans les méandres de la psycho-éthologie. Restons simples ! Parallèlement, je bouge beaucoup pour assurer la promotion de mes ouvrages déjà édités, auprès des médias locaux (librairies, journaux, revues, télévision régionale) et je participe et participerai à divers salons du livre, régionaux et internationaux. En mars, je serai par exemple présent au salon du livre de Villers-Lès-Nancy et de Paris/Porte de Versailles pour quelques séances de dédicace. A suivre, donc…
Edilivre : Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Peut-être vous parler du magnifique fait de civilisation qu’est l’écriture. Des premiers écrits cunéiformes à l’imprimerie Gutenberg, jusqu’au clavier d’ordinateur, rien n’a vraiment changé depuis son apparition, car l’écriture a été, est, et sera toujours l’expression d’un message dont toute civilisation a usé au travers des millénaires, que ce message soit religieux, politique, historique ou bien qu’il relate les us et coutumes, la vie de tous les jours ou encore qu’il raconte de magnifiques histoires nées de l’imaginaire. « Les écrits restent » et rien n’est plus important, me semble-t-il, que de pouvoir identifier ses propres racines.
Alors, pour conclure, soyez certains, chers lecteurs, que je n’ai pas l’intention d’en rester là et je vous donne rendez-vous prochainement pour d’autres aventures… de notre temps !
Fin du « message », vous voyez, c’est simple !!
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Rencontre avec...
Vincent Knockaert

Interviewé le 24-02-2010

Ouvrages concernés :
Edilivre : Vincent Knock, votre premier livre, « Le début de rien », est disponible aux éditions Edilivre. Quelle est son histoire ? Comment est-il né dans votre tête ? Comment l'envie de l'écrire vous est-elle venue ?
« Le début de rien » raconte les histoires croisées de personnages en couleurs, tapis dans des corps nébuleux et englués dans des existences répétitives, mais avec des rêves. Nouant tour à tour des rapports schématiques autour des bacs des disquaires, des distributeurs à café, dans des couloirs sans fin, des appartements étriqués ou des salles de concert dans la grisaille lilloise. Autant de points de passages, existentiels, captant les individus comme des êtres en mouvement, mais toujours guettés par l'inertie définitive. Avec en toile de fond des histoires d'amour contrariées, des quêtes éperdues pour obtenir un tant soit peu de reconnaissance dans un siècle finissant. Mais le thème central du livre est la difficulté à entrer dans le monde adulte avec tout ce qu'elle implique de compromis. Voilà pour le décor !
L'impulsion pour écrire ce roman m'est venue assez tard. Disons qu'ado je n'écrivais pas et je lisais assez peu, je me disais tout le temps que ce genre de connerie n'était pas pour moi : s'enfermer délibérément pour s'avaler un pavé de plusieurs centaines de pages m'apparaissait suspect. Je passais le plus clair de mon temps à jouer dans un groupe de musique (pour l'aspect créatif) où à faire du skate-board (pour le côté sportif), souvent avec les mêmes potes. Et puis comme les groupes ne sont pas faits pour durer, je me suis retrouvé seul à ruminer dans mon coin. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à lire comme une brute, avec le sentiment que j'avais pris vachement de retard. Comme j'étais en fac, j'avais beaucoup de temps pour moi. J'ai écrit deux romans historiques sur l'Allemagne des années 30, à mon goût trop marqués par ce qui faisait déjà et qui a suscité une mauvaise réaction d'un éditeur connu. J'ai donc passé du temps à chercher mon sujet.
Entré en institut de formation des professeurs après plusieurs années de vie active je me suis trouvé confronté à une génération qui n'était plus la mienne. Nous avions grandi avec « Star Wars » et Atari et eux ne juraient que par « Harry Potter » et Playstation. Certains profs stagiaires avaient dix ans de moins que moi avec leurs propres références culturelles, un langage commun, complètement décomplexé et prêt à bouffer de la vie. De quoi vous filer un sacré coup de vieux, à tout juste 30 ans ! Je voulais donc évoquer cela avant de tourner la page. Comme quand on fait le tour d'une chambre d'hôtel une dernière fois, pour voir si on n'a rien oublié, avant d'éteindre la lumière et de refermer la porte derrière soi.
Edilivre : A-t-il été difficile de se retrouver devant une page à remplir ?
Disons que tout travail d'écriture nécessite de nombreuses recherches, lectures, notes, trame à suivre, etc. Je ne pars pas de rien. Je connais parfaitement l'endroit où je veux arriver. Reste le voyage entre le premier mot et le dernier qui restent, pour moi, un peu mystérieux. J'écris surtout le matin, très tôt, pour me dire que j'ai du temps. Je n'ai pas de rituel. Disons seulement que j'écoute de la musique pour empêcher d'entendre le ronron de mon ordinateur portable.
Edilivre : Par la suite, vous avez choisi de publier. Racontez-nous cette histoire. Qu'est-ce qui vous a encouragé ? Pourquoi Edilivre ?
J'avais fait paraître un essai de démographie historique chez Edilivre, il y a quelques mois. Cela à cause de la grande liberté qu'offre leurs services (un extrait, un feuilletage possible sur l'écran de l'ordinateur, fabrication de marque-page, d'affiche à l'effigie du livre, service de presse à diffuser aux libraires, dépôt du livre à la BNF, indexation dans les catalogues en ligne des principales librairies, choix de la version papier ou du téléchargement du livre), la rapidité d'exécution, mais surtout la qualité de leur travail de création et de fabrication de l'objet livre. La littérature étant devenue visuelle, c'est certain qu'une première de couverture réussie permet de gagner en visibilité, il était impensable pour moi de ne pas importer le livre sur la Toile. Bien entendu, le texte doit toujours faire ses preuves ! Edilivre est pleinement dans le sens de la « démocratisation du livre ». Une démocratisation qui ne doit pas être entendue comme un appauvrissement de l'offre d'édition. Un partenariat pour une œuvre de fiction comme « Le début de rien », s’est donc fait naturellement.
Edilivre : Au fil des chapitres, vous mettez en scène une jeunesse désabusée. Vous décrivez sa vie avec justesse, entre la fac et les bars, les appartements mal rangés et les concerts, les amourettes et la vie de famille. D'où tirez-vous cette connaissance du jeune ? Est-ce un revival de vos années fac ?
Même si les premiers romans « empreints » pour ainsi dire beaucoup à l'expérience personnelle d'un auteur, « Le début de rien » n'est en aucun cas une autofiction. Le traitement des portraits de chacun des personnages masculins ou féminins, avec l'utilisation de détails révélateurs pour leur donner des implications symboliques et philosophiques contribuent largement à donner à l'histoire une dimension existentielle universelle.
Mes thèmes de prédilections étaient : la nostalgie, le souvenir de jeunesse omniprésent, la force des sentiments ou la décrépitude. Je voulais écrire une sorte de « livre sur rien » cher à Flaubert, d'où le choix de mon titre. Car à cet âge, on passe plus de temps à chercher quelque chose même si on ne sait pas vraiment quoi. Je pense que les vies cabossées de ces héros pourraient n'avoir aucun intérêt si elles ne faisaient tant échos par certains aspects à la vie de chacun d'entre nous. Nos fameuses années de jeunesse « qui comptent double ou triple » et nous renvoient à un passé qui nous habite pour toute une vie.
Edilivre : Vos personnages ne vivent pas d'aventures extraordinaires. Ils n'entretiennent pas de relations complexes. Ils se laissent porter par leurs aspirations et par leurs désirs, jour après jour. Cette culture du normal et du quotidien, qu'on perçoit dans vos écrits, cela semble vous faire dire que personne ne devrait être obligé d'être exceptionnel, de faire de grandes choses. Qu'en pensez-vous ? Croyez-vous qu'il existe une sorte de pression sociale à l'exploit ?
C'est l'éternel dilemme : Vaut-il mieux être acteur de sa propre existence au risque d'aller au-devant de grave déconvenue où au contraire se préserver en se contentant d'en rester un simple spectateur ? De nombreux blogs encouragent l'individu assoiffé d'amour que nous sommes tous un peu à faire étalage de son quotidien banal à souhait, l'universalisant du même coup. Et les commentaires de nombreux êtres tout aussi esseulés ou paumés reçus quotidiennement achèvent de vous convaincre que vous êtes quelqu'un de spécial qui gagne à être connu. Pourtant, tout ça n’est qu’une illusion. Le philosophe Clément Rosset l'a très bien démontré dans le réel est son double : l'homme tente le plus souvent de fuir le réel, lui préférant la fabrication d'un autre monde pour ne pas voir celui qui est donné à voir. Échapper à la réalité commune et sensible de l'existence en s'inventant une nature virtuelle jugée plus importante. Cet état de fait est encore plus criant chez les jeunes qui connaissent les technologies depuis toujours à la différence des trentenaires qui les ont découvertes au sortir de l'enfance. Leurs maîtrises pour les jeunes en sont innées et non acquises. Enfants de la « bulle internet » en quelque sorte, les jeunes d'aujourd'hui ne se questionnent pas de savoir si Loana est une star ou non, elle est connue, peu importe les raisons. Les jeunes ne s'étonnent d'aucunes réussite, rien ne les inquiète. D'ailleurs, la réussite ne passe plus forcément par un apprentissage long et laborieux. Mieux, l'exploit est plus remarquable encore s'il n'a nécessité que peu d'efforts, de temps ou de contrainte pour atteindre sa cible. Cela touche de nombreux domaines : en littérature avec des auteurs affichant fièrement leur quinze ans comme principal argument de vente où en musique, avec le phénomène des bébés-rockers, par exemple. Au contraire, plusieurs personnages de mon livre sont hantés par la question du sens à donner à tout ça, cette course effrénée à la réussite signifie-t-elle vraiment quelque chose ? Comme l'affirme l'un d'entre eux : nous sommes la génération dont les parents ne sont pas satisfaits [...] malgré leurs deux voitures, deux enfants, une maison individuelle avec jardin ou une moto. Ce livre est aussi là pour ça : rappeler que la vie ne se résume pas à une histoire de train qu'on doit forcément prendre en marche sous peine de rester à quai, où à la traîne des autres. Refuser cette alternative c'est déjà choisir.
Edilivre : On ne peut pas dire que les personnages aient des repères stables. Ils aspirent à devenir mannequins, à investir le monde souterrain. Leurs idoles sont des métalleux. D'aucuns diraient que ces jeunes sont perdus, mais pas vous. Ils vivent quand même, ils se construisent quoi qu'il arrive, et deviendront des adultes comme les autres. Croyez-vous qu'il est dans la nature des aînés de critiquer la jeunesse ? De s'inquiéter à l'idée que leur monde sera demain en de telles mains ?
Il est dans la nature de la jeunesse de se construire en réaction à la culture de ses aînés. Les ruptures sont alors plus ou moins marquées selon les milieux socio-culturels, c'est certain. Même s’il est toujours intéressant pour une génération d'écouter les messages et valeurs véhiculées par les générations qui l'ont précédée, le propre de la jeunesse est de réinventer les cultures antérieures, de se les approprier en les mettant parfois à mal, pour que de ce terreau naissent de nouveaux modèles qu'ils soient sociaux, culturels ou économiques. À ce propos, l'exemple de l'industrie musicale qui n'a pas su amorcer son virage économique suffisamment tôt est particulièrement évocateur des craintes adultes pour cette culture jeune.
Edilivre : Visiblement, vous connaissez bien la scène lilloise, en plus de vous intéresser à la musique. Qu'en pensez-vous aujourd'hui ? Est-ce que vous conseilleriez Lille à un groupe qui veut se lancer ? Y a-t'il selon vous un style mieux représenté que les autres à Lille ?
Beaucoup de choses souvent très différentes peuvent s'écouter de ce côté de l'hexagone. La scène lilloise avec ses bars-concerts du vieux-lille ou du quartier Moulins a fait les beaux jours d'une scène pop rock anglais aux débuts des années 90, avant de quasiment disparaître au profit de formations plus métalleuses au tournant du siècle. Aujourd'hui, la scène rap régionale est une des plus actives. Mais curieusement, aucune formation régionale, quel que soit le style, n'a réussi à percer sur le plan national. Lille reste tout de même un endroit intéressant pour en découdre musicalement. Avec des températures fraîches même en été, son éternel rideau gris de nuages, il est certain qu'on aspire plus à s'enfermer dans une cave de pub pour s'éclater les tympans à coups de riffs de guitares que de subir les assauts répétés en terrasse d'une pluie lavasse dans son verre.
Edilivre : Maintenant que ça y est, que le livre est publié, qu'est-ce qui vous passe par la tête quand vous revenez sur cette aventure ?
Je me dis que ce qu'il y a de plaisant avec une publication c'est que ça arrête définitivement le processus créatif et qu'on va pouvoir se consacrer à autre chose. Même si on pense qu'on aurait pu écrire ceci ou cela d'une manière différente, retoucher un mot, une virgule, il faut savoir s'arrêter. Le livre publié signe un arrêt, comme une petite mort où une petite naissance, c'est selon.
Edilivre : Vous souhaiteriez publier à nouveau ? Peut-être avez-vous déjà un projet en tête ?
J’ai terminé un manuscrit intitulé Courant alternatif qui développe les mêmes thèmes à travers l'histoire d'une adolescente qui souhaite découvrir l’identité de son père. Est-ce cette rock star qui avait défrayé la chronique en 2001 en tuant sa compagne d'alors au cours d'une banale dispute et qui vient juste de sortir de prison pour la plus grande joie de ses nombreux fans ? Dans cette quête, elle sera aidée par un surveillant, pas si désintéressé que ça. ? Ce texte est une illustration d'une citation de Christian Authier, « Il est de certains êtres comme de certains pays, on n'en revient pas ». Où comment faire de la nostalgie un art de vivre !
Edilivre : À vous le mot de la fin
Il en est également de certains livres comme de certaines rencontres, la promesse de quelque chose d’autre. Même si je place plus de confiance dans la fiction.


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