Rencontre avec Jean-Pierre Michel, auteur de  » La tentation de Faust « 

Jean-Pierre Michel, pouvez-vous nous présenter votre ouvrage La tentation de Faust ? Xavier quinquagénaire bourgeois pour qui le passage de la cinquantaine est difficile aperçoit au cours d’un anniversaire dans une galerie de peinture Aicha. C’est une jeune femme maghrébine d’une cité de banlieue dont la vie n’a été qu’une succession de drames. Abandonnée par sa mère, placée dans une famille d’accueil où elle subit des sévices et d’où elle se sauve puis dans un foyer pour jeunes délinquantes, elle parvient à se sortir de cet engrenage infernal à force de volonté. Pour garder sa liberté de femme française, elle est obligée de s’enfuir après avoir été battue, séquestrée, violée car elle ne veut obéir qu’à la loi de la république où les femmes sont libres. Recueillie par hasard par Xavier alors qu’elle est en errance, celui-ci lui sert de soutien au cours de sa reconstruction, du procès de ses tortionnaires, de sa réinsertion dans la vie. Le livre est le cheminement de deux êtres qui n’avaient aucune raison de se rencontrer et qui vont réapprendre à vivre ensemble pour devenir inséparables. Expliquez-nous le titre de votre ouvrage La tentation de Faust ? Deux parcours humains évoluent dans ce roman, celui de Xavier et celui d’Aicha. Xavier abandonné par sa première femme, ne voyant plus ses enfants, délaissé par sa seconde épouse ne ressent dans la vie qu’un parcours sans intérêt, un chemin qui conduit vers une fin inéluctable. Alors qu’il végète dans un désespoir morbide, la vue d’Aicha lui rend cette envie d’exister qu’il avait perdue, ce désir d’arrêter de  décliner pour vivre pense-t-il son dernier amour. Ce besoin de rester jeune, de ne pas vieillir c’est la tentation de Faust, l’éternelle jeunesse pour laquelle il donnerait son âme. Pourquoi avoir écrit ce roman ? J’ai éprouvé le besoin d’écrire ce roman de la même manière que l’on a besoin de hurler devant l’injustice, la douleur, la précarité ou la bêtise de l’humanité. L’histoire d’Aicha qui est un condensé de malheurs est un ensemble insupportable de faits qui ne devraient pas exister et que l’on doit combattre que ce soit l’abandon, les sévices sur enfants ou le viol. Ce sont des actes qui sont inadmissibles et j’aurais aimé que ce ‘’coup de gueule ‘’ puisse s’entendre et faire prendre conscience dans sa petite mesure des horreurs commises par les hommes. Le pourra-t-il ? D’où vous vient votre inspiration ? En général d’actes que j’ai eu le plaisir ou le déplaisir de connaître et non de vivre moi-même. Il n’y a dans mes romans en dehors de l’émotion personnelle que j’essaie de transcrire aucun fait autobiographique. L’histoire d’Aicha n’est-elle que pure fiction ? Bien entendu non ! J’ai reçu en consultation cette malheureuse jeune femme extrêmement perturbée par cette succession d’évènements intolérables dans sa jeune vie. Elle est venue se confier, elle avait besoin d’un exutoire. Il est bien évident que dans le roman seuls sont vrais les moments cruciaux de l’histoire : abandon, sévices et viol. L’existence de Xavier et leur romance ne sont là que pour mettre en valeur Aicha. Quels sont les messages forts de votre ouvrage ? Au moment où j’ai écrit ce livre et où je recevais la jeune femme héroïne malgré elle, deux évènements coexistaient dans les banlieues, le passage en justice d’un viol collectif et l’agression d’une jeune fille brûlée dans un réduit à poubelles. Il y avait de quoi se révolter devant l’attitude de ces jeunes pour qui une femme est un être inférieur tout juste bon à donner du plaisir, à obéir et à faire des enfants. Tous ces garçons oublient que sans les femmes, ils ne seraient rien, si tant est qu’ils soient quelque chose d’autre que des ignorants. Le message est simple, il est insupportable que des hommes puissent penser qu’ils sont supérieurs simplement parce qu’ils sont des mâles, parce qu’ils ont plus de muscles que les femmes. Il est insupportable que ces jeunes femmes ne puissent accéder aux études sous prétexte que ce sont des femmes. Il est insupportable que ces jeunes femmes ne puissent être libres. Selon vous, qu’est-ce que votre roman peut apporter aux femmes victimes de violence ? A part mon soutien indéfectible, ma compassion et mon action dans la mesure de mes moyens, rien s’il reste intimiste. Un coup de gueule qui ne fait pas plus de bruit que le miaulement d’un chaton n’a que peu de retentissement. S’il peut faire autre chose qu’un bruissement il serait souhaitable qu’il puisse remuer quelques consciences et faire agir et réagir face à ces comportements rétrogrades. C’est un souhait, parfois il existe des miracles ! Quels sont vos futurs projets ? En dehors de mon action contre la précarité et l’aide aux plus défavorisés qui n’a malheureusement aucune raison de cesser, un cinquième roman est en cours d’élaboration dont le sujet puise encore son inspiration dans le malheur des hommes, la chute et son accompagnatrice la déchéance que l’on soit puissant ou misérable. Un mot pour vos lecteurs ? J’aimerai que, si des gens lisent ces lignes et le roman dont on vient de parler, ils soient persuadés que seule l’action compte et que le silence permet de couvrir et de perpétuer ces actes odieux.

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